L’avenir des langues africaines, Conférence du 3 mai 2014

conference-300x225À l’ère de la mondialisation, où l’anglais et le français s’imposent comme moyen de communication en Afrique, est-il encore possible d’enseigner les langues africaines aux nouvelles générations? Cette question fut débattue lors d’une conférence qui s’est déroulée samedi  3 mai 2014 dans l’après-midi, au Centre Afrika de Montréal. Trois conférenciers étaient invités pour tenter de répondre à cette question. Il s’agissait du sociolinguiste Gaston Nanfah, de l’anthropologue Laurentine Mefire et du directeur de l’école Ela Jambo, Guy-Serge Luboya. Gisèle Ndong, l’humoriste-conteuse originaire du Gabon a aussi présenté un conte en introduction.

Selon monsieur Nanfah, cette question a actuellement toute sa pertinence, puisque l’UNESCO a déjà comptabilisé plus de 222 langues africaines éteintes ou mortes. Dans son optique, la mondialisation aurait un effet à « double tranchant », car les langues traditionnelles africaines peuvent difficilement concurrencer les langues d’usages pour les échanges économiques et la communication scientifique, que sont le français et l’anglais. Afin de renverser cette tendance, il encourage les Africains à maîtriser au minimum deux à trois langues en incluant bien sûr leur langue maternelle. Il s’agit d’assurer une complémentarité entre les langues européennes et africaines, afin que la mondialisation ne s’effectue pas à sens unique, mais plutôt selon le principe du donnant/donnant. Selon mademoiselle Mefire, ce n’est pas un défi insurmontable si les populations et les états africains y mettent l’effort pour préserver leur culture. Elle justifie que les enfants en bas âge peuvent apprendre facilement plusieurs langues et que c’est là où il faut cibler en premier nos efforts. Les deux conférenciers mentionnent aussi l’importance de la place que doivent occuper les langues et les cultures à l’intérieur des stratégies de développement du continent africain, afin d’accroître l’efficacité des projets.

Et comment les Africains se débrouillent-ils ici à Montréal pour transmettre leurs langues aux plus jeunes tout étant loin de leurs pays d’origine? Guy-Serge Luboya, né de parents congolais et étudiant aux HEC, avait décidé de fonder Ela Jambo, l’unique école de langues africaines à Montréal. Pour lui, qui n’avait pas appris la langue natale de ses parents qui était le lingala, c’était une question vitale d’offrir l’opportunité à des Africains d’apprendre différentes langues de ce continent. Paradoxalement, son école est fréquentée en majorité par des non-Africains désireux d’en apprendre davantage sur l’Afrique. Il explique cela par le fait que les Africains de la diaspora sont peu enclins à débourser de l’argent pour apprendre les langues de leur continent d’origine.

Néanmoins, il est clair que la préservation des langues naît d’une volonté collective d’une population concernée. À ce titre, nous pouvons en conclure à l’issu de cette conférence que l’intérêt était au rendez-vous.

Référence : http://www.afrikcaraibmontreal.com/lavenir-des-langues-africaines/, Publié par afrikcaraibmontreal le 05 mai  2014